Y a-t-il une malédiction lorsque l’on possède une intelligence exceptionnelle ou un talent inégalé ? Posséder un esprit brillant condamne-t-il à une vie personnelle sombre voire malheureuse ? Le père de la théorie de la relativité, homme engagé et humaniste, semble avoir vécu une vie personnelle et familiale tourmentée notamment à travers ses fils, Hans-Albert et surtout Eduard. Tous deux sont nés d’une première union avec Mileva, scientifique d’origine Serbe. Cette dernière consacrera après leur divorce, sa vie à son fils cadet Eduard souffrant de graves problèmes psychologiques.

Un illustre père qu’il a si peu connu

Mari volage, père fuyant, c’est la solitude qui ressort du roman de Laurent Seksik. La solitude d’êtres vivant des deux côtés de l’Atlantique. A Zurich en Suisse pour Mileva et Eduard ; à Princeton aux Etats-Unis pour Albert qui sera rejoint par son fils ainé Hans-Albert à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Ce dernier, ingénieur civil de profession, préférera s’installer avec sa propre famille en Caroline du Sud puis en Californie.

eduard et albert einstein Eduard aura la visite de son père pour la dernière fois en 1933 dans l’institution de Burghölzli avant qu’Einstein n’émigre aux USA. Il ne le verra plus jamais, mais toute sa vie par le biais de ses soignants, de visiteurs, de journalistes qui viennent l’interroger sur son illustre père, il vivra avec un fantôme, une ombre paternelle, un nom qu’il portera comme un poids.

Cette distance géographique et sentimentale entre le père et ses enfants, en particulier avec Eduard, Albert n’arrive pas lui-même à l’expliquer, lui le brillant scientifique et ce, y compris lorsque son fils se retrouve seul en Suisse après la mort de sa mère Mileva. « Il (Albert Einstein) a eu tous les courages. Braver la Gestapo, soutenir, un des premiers, la cause des noirs, aider à la création de l’Etat juif, braver le FBI, ne pas baisser l’échine, ne jamais renoncer, écrire à Roosevelt pour construire la bombe contre l’Allemagne et écrire à Roosevelt pour arrêter la bombe destinée au japon. Soutenir les Juifs opprimés par le Reich. Pétitionner. Etre en première ligne. Mais aller voir son fils est au-dessus de ses forces. Il a trouvé ses limites. Seul l’univers ne connaît pas de limites. » (page 243) Pour chaque esprit brillant y a-t-il un revers beaucoup plus sombre à la médaille ? Peut-être celle d’une vie personnelle tourmentée…

Crédit photo: Chris Devers/Flickr